« Et ne semez pas la corruption sur la terre après qu’elle ait été réformée. Et invoquez-Le avec crainte et espoir, car la miséricorde du seigneur est proche des bienfaisants. C’est Lui qui envoie les vents comme une annonce de Sa Miséricorde. Puis, lorsqu’ils transportent une nuée lourde, Nous la dirigeons vers un pays mort, puis Nous en faisons descendre l’eau, ensuite Nous en faisons sortir toutes espèces de fruits. Ainsi ferons-Nous sortir les morts. Peut-être vous rappellerez-vous. Le bon pays, sa végétation pousse avec la grâce de son Seigneur ; quant au mauvais pays, sa végétation ne sort qu’insuffisamment et difficilement. Ainsi déployons-Nous les enseignements pour des gens reconnaissants. » 56-58 Surat Al Araf
« Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent. » Citation d’origine incertaine
Il n’aura échappé à aucun algérien que nous ne sommes pas une puissance économique industrialisée, productive et développée, pourtant ce n’est pas faute de l’avoir vivement souhaité et d’y avoir même investi quelques efforts.
En 1962, il manquait manifestement de tout pour décoller, il manquait surtout des compétences, nous manquions d’enseignants, d’ingénieurs, de médecins et de gestionnaires. À vrai dire, dix millions de personnes, en quasi-totalité des paysans, ne suffisaient pas à déclencher l’Eureka ou le boom économique. Or, la croissance autour de nous dans les pays européens galopait autour de 6% en moyenne par an. Nous n’aurions pas atteint une taille critique, relativement aux puissances d’alors, pour nous développer économiquement. Pire, nous étions dans la première phase de notre transition démographique où le nombre d’enfants par femme montait à plus de 7. La croissance économique était inférieure à la croissance démographique ; de ce fait, il y avait toujours moins de richesse à se partager année après année. Il n’est pas chose aisée d’analyser le lien entre l’économie et la démographie mais nous pouvons déjà constater les implications de ce déséquilibre.
A côté de cette difficulté démographique, notre économie a rencontré une multitude d’autres obstacles subis ou provoqués. Nous héritions d’un appareil productif inadapté à nos besoins, cela été une défaillance subie. En revanche, la politique socialiste était une orientation délibérée, dont nous connaissons désormais les conséquences économiques. Outre l’échec du modèle lui-même, le « camp » idéologique que nous avions choisi nous plaçait de fait hors de la trajectoire du capitalisme global et de sa croissance.
Aujourd’hui, nous sommes 44 millions d’algériens dont une partie significative est établie à l’étranger. Notre démographie a rejoint, en taille, l’échelle des nations développées d’Europe de l’ouest, des pays ex-soviétiques d’Europe de l’est et des pays récemment émergents de l’Asie du Sud-Est. Notre population est jeune, éduquée et sa croissance se stabilise pour tendre vers le niveau de renouvellement à 2.1 enfants par femme. Voilà donc une configuration formidable qui devrait déclencher le décollage mais il ne se passe toujours rien. Qu’y-t-il donc comme autre difficulté ?
Nous énonçons avec force que « L’Algérie est un pays très vaste », « le plus grand d’Afrique », etc. Dotée d’une superficie de 2 382 000 kilomètres, c’est plus grand que toute l’Europe de l’ouest. Qu’en est-il réellement ? Mettons de côté toutes les théories du développement économique qui expliquent à coup de tautologie les phénomènes qu’elles étudient plus qu’elles ne donnent des recettes miraculeuses. Considérons simplement ce constat empirique : malgré des atouts certains, notre économie ne s’industrialise pas et ne se développe pas. Nous nous attarderons ici sur le facteur de production foncier, c’est pourquoi nous n’évoquons pas le problème de la dépendance à la rente pétrolière.
Reconsidérons donc ce paramètre surdimensionné de la superficie. Je vous invite avant tout étalage de chiffres à observer notre pays sur une carte satellite. Vous y verrez beaucoup de jaune et une étroite bande verte au nord, sur le long du littoral. Maintenant, regardons les chiffres. Notre pays est traversé par deux principales zones climatiques suivant la classification de Köppen, auxquelles on peut ajouter un troisième climat de transition. La bande côtière verte possède un climat méditerranéen avec des conditions de températures « clémentes », une saisonnalité quaternaire et des précipitations entre 400 et 1000 mm par an. Au sud domine le climat désertique aride et entre les deux un étroit climat semi-aride.
Le climat désertique couvre 84% du territoire avec des moyennes de précipitations à moins de 40 mm et des températures moyennes maximales à 35°C, il contient certes des oasis mais elles sont petites, éparses et accueillent peu de population. Le climat semi-aride avec des températures maximales moyennes à 28°C et des précipitations à moins de 400 mm, cette zone supporte donc une population beaucoup plus nombreuse que le désert. Enfin, la bande côtière qui représente seulement 4% de la superficie totale présente des températures moyennes maximales de 23°C, elle concentre près de 90% de la population.
Analysons de près ces trois paramètres pour définir la zone « vivable » type, susceptible d’accueillir une population nombreuse et concentrée : la température, l’accès à l’eau et un foncier relativement plat. Évidemment nous allons relativiser ces critères au regard de notre propre territoire.
En croisant ces trois critères, on peut délimiter une zone en partant de la localité de Sidi Djilali au sud de Tlemcen jusqu’à la frontière tunisienne à Tébessa, en passant par Saïda, Djelfa et Biskra. Nous arrivons à une superficie de seulement 160 000 km² à laquelle il faut retrancher des parties montagneuses et des chotts, il ne reste alors plus que 100 000 km², soit 4% de la superficie totale.
Comparée à quelques pays voisins, nous avons à peu près la même superficie vivable que le Maroc, cinq fois moins que la France avec ses 550 000 km² et quatre fois moins que la Turquie avec environ 400 000 km². Cela doit être aussi mis en perspective avec la surface agricole utile, c’est à dire la terre valide pour des activités agricoles. La France dispose de 29.4 millions d’hectares, la Turquie de 39.5 millions d’hectares et il y a à peu près 8.5 millions d’hectares chacun pour le Maroc et l’Algérie. On peut également ajouter à ces 8 millions 32 millions de zones de parcours, mais elles sont très peu productives.
Pour résumer, nous disposons actuellement d’une zone de 100 000 km² au nord du pays dont 8.5 millions d’hectares (ou 85 000 Km²) pour 44 millions d’algériens actuellement et 61 millions d’ici 2050. On peut donc constater que l’Algérie est petit pays, une oasis fertile dans un grand désert.
Le facteur foncier est rare et il se trouve principalement dans l’extrême nord du pays. Il est soumis à trois demandes croissantes et exclusives, l’agriculture, le logement et l’industrie. La surface bâtie des foyers urbains croît à un rythme soutenu depuis plusieurs décennies, détruisant ainsi les terres agricoles les plus fertiles. A terme, cette surface bâtie pourrait représenter 20 000 km², soit 20 à 25% des terres disponibles. La terre agricole et les espaces naturels pâtiront si nous ne prenons pas conscience de la rareté du foncier dans notre pays. Il faut en finir avec le mirage d’un pays vaste car il nous amène à surestimer nos ressources et à une mauvaise gestion.
Il y a un modèle d’économie du foncier qui a démontré sa rationalité et sa soutenabilité depuis plusieurs siècles. Ce sont les oasis du sud, là où nos ancêtres ont appri à vivre dans cet environnement soumis à une double contrainte, la rareté de l’eau et de la terre. C’est à force d’ingéniosité et grâce à une gestion mutualisée de ces bien communs que les habitants des oasis y ont vécu durablement durant des siècles. Il y a là un enseignement à tirer pour tout le pays.
« Dans la palmeraie » rep de l’oeuvre d’E.Dinet par Hassina Bouglam
Mouloud IZEM
Président de la commission Economie & Finance
Conseil Scientifique
Jil Jadid
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