Interview de M. Zoheir Rouis, Membre du Conseil Politique et SE chargé de la représentation à l’étranger à Jil Jadid

Interview de M. Zoheir Rouis, Membre du Conseil Politique et SE chargé de la représentation à l’étranger à Jil Jadid

Zoheir Rouis est l’une des principales figures de Jil Jadid. Organisateur hors pair, il a su créer puis animer le parti en France et plus largement en Europe, avec une constance et un engagement sans faille. Il nous raconte ici, son parcours depuis 1989, date de sa première adhésion à l’action politique. 

 

  • Tout d’abord, dites-nous comment vous vivezcette épidémie du coronavirus. Comment cela se passe ici ? Vous-mêmes, êtes-vous confinés ?

Il faut reconnaitre que nous vivons une période inimaginable il y a à peine quelques semaines. 

L’attention du monde entier s’est brusquement tournée vers le même phénomène. Cette pandémie mondiale aura finalement provoqué deux attitudes contradictoires : d’un côté chaque pays a pris des mesures de confinement territorial, aérien et maritime pour s’isoler et se protéger de toute « importation » supplémentaire du virus et dans le même temps, les yeux et les espoirs des peuples du monde sont tournés vers la Chine pourvoyeur de masques et vers les laboratoires et les chercheurs du monde entier qui ont engagé une course contre la montre pour trouver le vaccin salvateur.

Beaucoup d’enseignements sont à tirer de cette crise et à n’en pas douter beaucoup de choses risquent de changer.Cela a déjà commencé d’ailleurs, tant à l’intérieur des Etats, qu’entre les Etats. 

Alors en attendant, eh bien oui je suis confiné chez moi avec mon épouse et mes enfants depuis le 17 mars dernier. Nous travaillons à distance et avons dû, par la force des choses, trouver en nous de nouvelles ressources pour rendre le confinement supportable pour tous, tout en faisant en sorte que cela soit aussi l’occasion de plus de partage et d’échange entre nous.

 

  • Si vous le permettez, M. Rouis, nous aborderons des questions de fond, sur votre parcours et sur celui de Jil Jadid. Vous étiez là, présent, dès la première réunion constitutive de Jil Jadid, le 11 Mars 2011. Racontez-nous, comment vous était venue cette idée de faire un parti politique ?

Avec Soufiane Djilali, Smail Saidani, Boualem Meçabih, mais aussi Mohamed Lakber-Belaleug et tant d’autres amis, nous avons toujours été convaincus que viendrait le moment où nous serions en mesure de créer un parti politique tel que nous le projetions depuis plusieurs années, instruits par une forte expérience politique formatrice à plus d’un titre. Ce moment-là, nous le nommions entre nous « la fenêtre de tir » selon une expression de Soufiane Djilali. 

Le 11 mars 2011 est donc la consécration de ce moment préparé. Il ne s’agit pas d’une préparation administrative, mais d’un état d’esprit partagé, d’idéaux et principes communs pouravoir été débattus et éprouvés entre nous, d’une ambition pour notre pays et d’une indignation du sort de notre peuple, le tout adossé aux enseignements tirés de notre engagement politique précédent. Tout cela a nécessairement forgé entre nous une amitié empreinte de fidélité, de respect mutuel mais aussi de capacité à nous dire les choses sans flagornerie ni faux semblants. 

L’idée de créer un parti politique a toujours été pour nous en ligne de mire comme moyen pour atteindre l’objectif qui était le nôtre : exprimer publiquement notre projet de société et notre ambition pour l’Algérie et les  partager avec les Algériens. Cette idée nous l’avionsdonc depuis que nous avons quitté ensemble le PRA en 1999. 

 

  • Si je comprends, vous aviez, bien avant Jil Jadid, une relation politique avec le groupe des fondateurs. Comment en êtes-vous venus à la politique ?

Exactement ! Nous nous connaissions bien avant de créer Jil Jadid pour avoir milité ensemble au sein du PRA, dont nous étions membres fondateurs en 1990et au sein duquel nous avions des responsabilités. 

Pour nous tous, c’était notre 1ère expérience politique. Nous étions jeunes, Soufiane 30 ans, Smail 40 ans, Boualem 33 ans et moi-même 20 ans. Nous étions inexpérimentés, mais dotés d’une forte volonté d’engagement pour le pays. Je rappelle que nous étions  quelques mois seulement après les tragiques évènements d’Octobre 1988. C’est probablement ces évènements là qui sont à l’origine de notre engagement politique, à nous tous.

Pour ma part, ces évènements je les ai vécus en étant en France. Mais il ne m’a pas fallu une année pour que je m’engage politiquement dans une aventure partisane avec comme ambition, du haut de mes 20 ans, de hâter le renouveau de mon pays. C’est le 4 décembre 1989, que j’ai rencontré pour la 1ère fois, à Paris, Place de la Bastille, et sur son initiative, Boualem Meçabihainsi que Soufiane Djilali. Tous les 3, nous venions, de lire le 3 août de la même année un appel à la création du Parti du Renouveau Algérien (PRA) auquel nous avions répondu séparément sans nous connaître. 

Depuis, cela fait donc plus de 30 ans maintenant, nous ne nous sommes plus jamaisquittés et avons connus dans la foulée,Smail Saidani, El Hadi Arbia et tant d’autres. Boualem Méçabihest d’ailleurs à l’origine de ladevise de Jil Jadid, « Le Devoir d’Agir », et El Hadi est le créateur de notre logo actuel.

 

  • Quel a été alors votre parcours au sein de votre ancien parti, le PRA ?

Au PRA, dès lors que nous nous sommes engagés dans la fondation de ce parti, nous avons, Soufiane Djilali, Boualem Meçabih et moi-même créé, à Paris, PRA-Immigration. C’était la 1ère fois qu’une antenne d’un parti politique se créait ainsi au sein de la diaspora et de manière officielle sous le statut d’association Loi 1901. Par la suite d’autres en feront de même. 

Soufiane Djilali présidait l’association, Boualem Meçabih en était le secrétaire général, ElHadi Arbia le secrétaire adjoint et moi le trésorier, avec Youcef Souilem comme trésorier adjoint. Soufiane Djilali choisira de rentrer définitivement en Algérie et deviendra dès fin 1990 secrétaire général du PRA. Boualem Mécabih intégrera le bureau politique du parti et moi-même en plus d’être membre du conseil national et responsable Fédéral, prendrai en charge la présidence de PRA Immigration.

Si cette 1ère expérience partisane n’a duré que 10 ans tout au plus, elle m’a permis de rencontrer des femmes et des hommes à l’engagement exemplaire et d’acquérir une expérience politique instructive à plus d’un égard. 

Elle m’a également permis d’en apprendre beaucoup sur le personnel politique et les rouages de la politique algérienne.

Et ce, en ayant notamment pris part à différents événements nationaux comme la Conférence de l’Entente Nationale en 1996, les élections présidentielles de 1995, en étant le représentant du candidat du parti au centre de presse internationale, ou lors des élections législatives de 1997 en étant membre de la 1ère Commission Nationale Indépendante de Surveillance des Elections Législatives (CNISEL). Bien d’autres RDV politiques auxquels j’ai participé viendront enrichir cette expérience politique : les consultations avec les partis engagées par le président Zeroual en 1996 au palais d’El Mouradia mais aussi les différentes rencontres politiques qui ont été autant d’occasions de rencontrer d’illustres hommes d’Etat algériens,à l’image defeu Hocine Ait Ahmed et Abdelhamid Mehri, d’illustres combattants de l’ALN tels que feu Salah Boubnider et Slimane Amirat, et tant d’autres comme Tahar Zbiri, Ali Yahia Abdenour, Ali Benflis, Sid Ahmed Ghozali, les regrettés Mahfoud Nahnah, KasdiMerbah ou le président Ahmed Ben Bella, …

 

  • En 1999, juste après l’élection de Bouteflika, vous avez quitté le PRA, que s’est-il passé, vous avez eu des divergences politiques avec la direction de ce parti ?

Cette 1ère expérience politique a trouvé en effet son terme en 1999 car il n’était pas question pour nos tous de cautionner d’une manière ou d’une autre Abdelaziz Bouteflika, que nous n’avions de cesse de dénoncer bien avant qu’il ne fut intronisé président pour toutes les raisons que nous invoquions alors et que les algériens découvriront par la suite durant ces 20 dernières années. 

Il était évident, qu’aprèsla décennie noire et les sacrifices consentis pour que vive l’Algérie, une nouvelle ère ne pouvait advenir avec une figure comme celle d’Abdelaziz Bouteflika. Il ne pouvait prétendre incarner une  nouvelle Algérie, pas plus qu’il n’était qualifié pour apporter la paix entre les citoyens et instaurer la démocratie, lui dont tout le parcours démontre son aversion pour la démocratie et son admiration de lui-même. 

Tous les signaux étaient là pour contre indiquer Abdelaziz Bouteflika. 

Le fait que le président d’alors du PRA ait choisi de faire allégeance à Bouteflika était contraire à nos convictions, principes et projet pour l’Algérie que nous menions au sein du PRA, un parti que nous avons construit 10 années durant avec sérieux et abnégation pour qu’il devienne un acteur qui compte sur l’échiquier politique et il en a été ainsi jusqu’en 1998.

Malgré nos actions, avec les 2/3 des membres du conseil national, pour faire en sorte que le parti ne s’enlise pas avec ce soutien malvenu, les autorités du pays, mais aussi son président d’alors, ont fait le choix de casser le PRA, les 1ers pour neutraliser un parti d’opposition qui commençait à avoir une audience importante, et le second pour servir une ambition personnelle. 

C’est donc pour éviter d’être entachés par cette forfaiture et d’être assimilés aux mouwalates, que nous avons choisis d’alerter l’opinion publique et de nous retirer de ce partile 23 septembre 1999. La suite des évènements nous aura donné raison. 

Nous avons quitté le PRA riches d’une expérience politique forte qui nous a tant appris sur les arcanes de la politique algérienne, sur l’organisation et l’animation d’un parti politique mais aussi sur ce qu’il convenait de ne pas faire en la matière, sur l’organisation des élections et tant d’autres pré requis nécessaires à l’action politique. Enfin, cette période nous a montré combien il était nécessaire de savoir observer et décrypter les agissements et les positions politiques au plus haut sommet de l’Etat afin de les intégrer dans nos analyses et éviter d’être instrumentalisés par tel ou tel clan ; mieux les lire pour mieux sans éloigner.  

 

  • Entre le moment où vous avez quitté le PRA et celui où vous avez fondé Jil Jadid, que s’était-il passé pour vous ? Vous aviez quitté la scène politique ?

Entre 1999 et 2011, loin de déserter le terrain politique et d’abdiquer nos convictions, nous avons, inlassablement, continué à militer dans des conditions devenues, avec l’arrivée de Bouteflika, des plus coercitives. C’est ainsi que nous avons cheminé avec toutes ces voix libres, journalistes, syndicalistes, activistes qui ont été opprimés par le régime. Je n’oublie pas non plus le printemps noir et nos actions de solidarité active avec nos concitoyens. 

Dans ce chemin de croix, nous avons croisé et appris à connaître d’autres compatriotes épris de liberté et soucieux du sort de leur pays.

C’est ainsi que nous avons tenté, dans un 1er temps, dès la fin octobre 1999, de créer une association, Mouvement pour les Libertés et le Développement, puis en juillet 2001 un parti politique, El Badil, mais systématiquement le régime, méfiant et réfractaire à toute idée de laisser la place à de nouvelles idées politiques et à de nouveaux visages, avait refusé d’agréer ces initiatives, préférant de loin les bouffons habituels et autres partis alibis qui donnent l’illusion d’une vie politique multi-partisane avec une fausse majorité et une opposition complice et avide de quotas. 

Loin de nous décourager, nous sommes restés mobilisés et réactifs au regard de l’actualité, malheureusement faite de dépassements en tous genres et de gabegie. En mai 2009, nous lançons « Forum Démocratique » : un site web adossé à une association que j’avais créé en octobre 1999, pour faire en sorte que le débat d’idées fasse rencontrer les algériens qui avaient des choses à dire, des idées à proposer. Le 22 janvier 2011 nous informions les lecteurs du site que ses initiateurs allaient passer à une nouvelle étape, en termes d’engagement politique, et les invitions à nous rejoindre. La fenêtre de tir évoquée était là !

C’est tout cela qui a rendu possible l’Assemblée constitutive de Jil Jadid du 11 mars 2011, dans un hangar d’une ferme privée à Koléa, faute d’autorisation pour la tenir dans une salle de réunion. C’est ce jour-là que nous avons débattu et adopté notre déclaration de principes et choisi le nom du parti. L’aventure Jil Jadid venait d’être lancée !

 

  • Revenons à Jil Jadid, quel est votre rôle et vos responsabilités en son sein ?

A Jil Jadid en tant que membre fondateur, je suis membre du Conseil national du parti. J’ai le privilège d’être membre du Conseil politique, l’instance suprême et à ce titre j’essaye de mettre au service de mon parti et de mes collègues, mon expérience politique pour que Jil Jadid soit toujours au diapason de la volonté populaire et qu’il soit porteur d’une vision constructive, éthique et audacieuse pour l’Algérie, en étant constamment sur une ligne démocratique et en permanence au sein du peuple, loin des salons feutrés et des fausses postures. 

Au sein du secrétariat national, je suis en charge de la représentation du parti à l’étranger. 

A ce titre, j’ai eu l’honneur, avec d’autres membres de Jil Jadid, à l’image de Boualem Meçabih, El Hadi Arbia, Halima Saidani, Fatah Bendali, Samir Cherifi, Abderahmane Djilali, Imad Bouloudene, et d’autres, de créer, le 29/10/2011, Jil Jadid Europe, qui d’ailleurs est entrain de devenir Jil Jadid Monde. Mon rôle consiste à instaurer des ponts solides et efficaces entre notre diaspora et Jil Jadid. Cela passe par la mise en place, là où cela est possible, de structures représentatives de Jil Jadid, au plus près de notre communauté, et à créer des liens avec le réseau associatif de la diaspora et les élus d’origine algérienne. L’objectif étant de partager le plus largement possible le projet de société de Jil Jadid et de créer des opportunités pour nos concitoyens de la diaspora de contribuer de manière directe à la vie politique de notre pays. Naturellement, mon rôle consiste également à représenter le parti auprès des partis politiques étrangers et de la presse étrangère. C’est donc un double rôle que j’ai, de représentation et d’animation. C’est exaltant comme au 1er jour de mon engagement politique ! 

 

  • Au fond, qu’est-ce qui vous motive et vous anime pour porter autant de responsabilités ? 

Je me suis engagé politiquement à l’âge de 20 ans (cela fait donc plus de 30 ans de militantisme !) et depuis je n’ai pas cessé de militer pour la démocratie et l’Etat de droit en Algérie.
En réalité, je crois que la prise de conscience de ma volonté d’engagement se situe aux alentours de mes 18 ans, porté par l’indignation, avec des marqueurs précis. Indignation de voir ma grand-mère mourir dans un hôpital pitoyable à Sidi Bel Abes, à l’encadrement médiocre et aux moyens dérisoires parce que dilapidés. Indignation face à l’apartheid en Afrique du sud (à l’époque) et à l’occupation de la Palestine avec la complicité active ou passive des puissances internationales.
Peut-être aussi parce que je suis issu d’une famille de combattants de la liberté, qu’ont été ma mère, mais aussi mon oncle et ma tante au sein de l’ALN. Jusqu’à un passé récent, ils ont, tous les trois, été discrets quant à leur engagement héroïque. Au sortir de la guerre de libération nationale, ils ont rejoint la vie civile comme si de rien n’était. Aujourd’hui, ils sont toujours fiers d’avoir accompli leur devoir sans avoir rien attendu ni demandé en retour. L’engagement désintéressé, telle est la posture inculquée et qui a toujours guidé mon parcours de militant.
Parallèlement à mon engagement politique, je faisaismes études et c’est presque naturellement que j’ai choisi ledroit, avec l’idée d’intégrer l’école de formation au barreau à Paris.
Je crois que j’ai toujours été sensible à l’injustice, et particulièrement à celle qui entrave l’épanouissement de mes compatriotes et le développement de mon pays. Les rencontres que je feraipar la suite et les évènements auxquels je prendrai part, d’une manière ou d’une autre, finiront par me fixer dans mon engagement.

 

  • Quelles sont les convictions politiques pour lesquelles vous vous battez ?

Aujourd’hui, je continue à me battre pour l’instauration d’un Etat de droit car c’est la clé de voûte qui permettra à l’Algérie d’envisager un avenir serein et aux algériens de mener à son terme le projet national engagé par les militants pour l’indépendance nationale.

Ma conviction est que nous avons le devoir d’assurer la pérennité de notre nation que des contrebandiers ont gravement menacé après avoir squatté le pays des décennies durant, dilapidé ses moyens et gravement hypothéqué son avenir. 

Pour réussir, il faut libérer le pays pour l’engager sur le chemin de l’audace, du développement et de l’épanouissement. Nous avons à assurer à notre pays une transition sereine vers la modernité, une modernité assumée parce que intégrée et en phase avec nos valeurs de toujours. Pour cela nous avons besoin de nous appuyer sur la richesse immense représentée par notre jeunesse. Une jeunesse qui, il y a à peine un peu plus d’une année, désespérait de pouvoir changer les choses et ne voyait d’issue de secours que dans la fuite vers des contrées supposées être meilleures alors que la plupart sont en réalité sans issue, voire mortelles. Et cela est à mettre au passif des différents pouvoirs qui ont eu à gérer le pays. Aujourd’hui, avec le Hirak, la jeunesse algérienne reprend confiance en elle et en sa capacité à provoquer le changement. Ma conviction est que c’est là qu’il faut investir à tous les niveaux. 

 

  • Pensez-vous, qu’après 9 ans de militantisme, Jil Jadid répond à vos attentes ?

Jil Jadid est avant tout un cadre qui permet de mener ce combat pour la démocratie et de proposer au pays un projet de société apaisée et résolument tournée vers la recherche de solutions concrètes à des problèmes réels. Jil Jadid c’est un regard lucide sur le sort de notre pays et ses potentialités, et une projection réaliste et audacieuse de ce à quoi peut prétendre l’Algérie pour aujourd’hui et pour demain. Jil Jadid c’est une ambition algérienne pour une Algérie forte, solidaire et ambitieuse. Pour ceux qui le connaissent de l’intérieur, Jil Jadid c’est une construction politique inédite qui permet aux nouvelles générations de s’approprier un outil politique sans cesse renouvelé au service de l’Algérie. Donc oui, et objectivement, après 9 années d’existence, je suis fier de ce que nous avons collectivement construit. Aujourd’hui, Jil Jadid est un parti d’opposition qui compte et dont les positions et propositions font débat. De tous les partis créés en 2012, il est l’un des rares à avoir émergé et je dirai que c’est un parti 2.0 qui dénote avec les vieux partis traditionnels qui sont nés il y a plus de30 ans dans le sillage d’Octobre 1988. Jil Jadid est un parti disruptif quant à sa pratique de la politique, des idées, du projet de société et des perspectives historiques projetés, loin de la langue de bois et des fausses postures qui caractérisent certains partis qui prétendent incarner une alternative au régime. La logique qui a présidé à la construction interne du parti est le fruit d’une Co-construction à tous les niveaux, adossée à une expérience forte et une volonté de faire émerger des femmes et des hommes qui constitueront la classe politique de demain. Je crois pouvoir dire que Jil Jadid est l’un des rares partis dont plusieurs cadres ont émergé, commencent à être connus et reconnus et interviennent tous dans les médias. Je ne suis pas certain, qu’on puisse citer comme ça à la volée les noms des cadres des autres partis hormis leurs 1ers responsables. Pas plus d’ailleurs qu’on ne les voit prendre la parole dans les médias. Le fait d’avoir institué la formation interne de ses adhérents et d’avoir barré la route à la pratique de la chkara, au culte de la personnalité et au clientélisme, Jil Jadid est un parti à la composante saine, avec un exercice démocratique interne empreint de transparence. Son conseil scientifique est un lieu de débat qui fait participer de manière horizontale tous ses adhérents, ce qui leur permet, au-delà de la richesse des idées et des propositions émises, de mieux se connaitre, de s’écouter et d’apprendre les uns des autres. Autant de postures et de vraies compétences comportementales qui sont nécessaires pour qu’émergeune nouvelle classe politique compétente, désintéressée et ambitieuse pour son pays. Il nous reste maintenant à mettre le parti en position de concrétisernotre projet de société dans le cadre d’une compétition saine, transparente et démocratique.

 

  • Vous avez pratiquement porté la structuration de Jil Jadid à l’étranger et en particulier en France. Quelles ont été vos ressources matérielles et humaines ?

Jil Jadid à l’étranger c’est avant tout une aventure humaine et un travail d’équipe. Rien n’aurait pu se faire sans l’apport, la contribution active et désintéressée des femmes et des hommes admirables qui font vivre cette structure. Mon rôle a consisté à mettre en musique toutes ces potentialités. Faire confiance, écouter avec bienveillance, donner sa chance à chacun de proposer et d’expérimenter, ouvrir grand les portes du parti à notre diaspora, ce sont là quelques ingrédients qui auront permis de donner à cette aventure humaine des structures solides par la confiance de leurs membres entre eux. Vous l’aurez compris, les ressources de Jil Jadid à l’étranger sont essentiellement humaines et une irrésistible volonté de contribuer à l’émergence d’une nouvelle Algérie.

 

  • Quelles sont maintenant les structures de Jil Jadid à l’étranger ? 

Jil Jadid est présent en force en France où nous avons le plus gros contingent de notre diaspora. Il est organisé sur le schéma du découpage électoral algérien à l’étranger. 

Nous sommes aujourd’hui bien implantésun peu partout en France, et particulièrement en Ile de France, mais aussi dans les Bouches du Rhône et en Rhône Alpes avec des équipes dynamiques, motivées et pleines de ressources.

Nos structures doivent être renforcées sur le reste de l’Europe, et en Amérique du Nord. Nombreux sont nos concitoyens dans ces contrées qui se manifestent et souhaitent se donner les moyens organisationnels d’installer Jil Jadid dans ces parties du monde. 

C’est notre structure Jil Jadid Europe qui assure le fonctionnement de nos structures à l’étranger. Jil Jadid Europe a la personnalité morale du fait de son existence officielle sous la forme d’une association Loi 1901. Ses instances sont l’assemblée générale annuelle des adhérents qui élit son  président et son conseil d’administration et vote le plan d’actions annuel. 

Le président travaille avec un bureau exécutif issu des membres du Conseil d’administration afin de mettre en œuvre le plan d’actions. 

Le bureau se réunit chaque semaine et le conseil d’administration une fois par mois pour assurer le suivi des actions décidées. 

Chaque mois est également organisée une réunion avec tous les adhérents qui le souhaitent pour débattre de l’actualité et partager le sens des positions de Jil Jadid, parfois en amont de leur annonce.

Vous l’auriez compris, les nouvelles technologies sont mises au service de cette organisation, puisque les réunions se font par visioconférence.

A côté de ces instances, plusieurs chantiers lancés réunissent les adhérents qui y travaillent. Enfin, le bureau s’appui aussi sur une cellule communication qui assure la communication interne et externe de Jil Jadid Europe.

 

  • Y a-t-il un lien réel entre les cadres de Jil Jadid Europe et la centrale à Alger ?

Absolument ! Les responsables de Jil Jadid Europe sont non seulement en  contact direct avec les instances nationales et les principaux dirigeants du parti, mais ils sont eux-mêmes membres des instances nationales. C’est aussi cela le caractère inédit de la construction de Jil Jadid. Le cloisonnement et les logiques de zaim des partis classiques font que les directions se retrouvent coupées de leurs bases, éloignées et déconnectées, créant des sources de tensions qu’exploitent et le régime et les esprits intéressés et égoïstes. Sans parler du phénomène de la chkara et des quotas qui favorise les cercles de clientélisme. Donc les responsables de Jil Jadid Europe sont partie prenante des instances et décisions nationales.

 

  • Finalement, les Algériens en France ne vivent aucune différence avec leurs collègues d’Algérie. Quelle est leur contribution par rapport à l’action du Conseil Politique, du Secrétariat National ou du Conseil Scientifique ?

A Alger, Sidi Bel Abbès ou Paris, les adhérents de Jil Jadid sont tous à la même enseigne ! Seuls l’engagement et la compétence comptent !  

D’ailleurs, notre Conseil national compte parmi ses membres, plusieurs personnes de Jil Jadid Europe, le Conseil politique aussi ainsi que le Secrétariat national et le Conseil scientifique. Je vous avoue que je suis assez fier de voir toutes ces femmes et ces hommes qui nous ont rejoints dans cette aventure, pour certains tout récemment, agir ainsi dans les différentes instances du parti et pour certains d’entre eux à un niveau de responsabilité national. C’est aussi ça la marque de fabrique de Jil Jadid. 

 

  • Passons à l’action politique, Jil Jadid a joué quel rôle ici en France dans le cadre de l’opposition à Bouteflika, à Mouwatana et depuis le 22février ?

On peut dire sans aucune flagornerie que Jil Jadid est l’un des rares partis politiques algériens qui a des activités au sein de la diaspora mais aussi vis-à-vis des partis français et des médias étrangers.

Jil Jadid Europe organise chaque année, depuis 2011, une conférence publique avec le président du parti à Paris mais aussi à Marseille et à Lyon, comme il a pu le faire également à Caen dans le nord de la France.

Jil Jadid Europe est aussi en lien avec les organisations de la société civile de la communauté algérienne et contribue aux initiatives de celles-ci en faveur des libertés en Algérie et pour l’établissement de l’Etat de droit. C’est ainsi que nous n’avons jamais manqué d’apporter notre soutien à tous ceux qui, en raison de leurs opinions, ont subi la violence du régime, en organisant des rassemblements de soutien. En 2014, nous avons initié avec d’autres organisations une campagne de sensibilisation aux conséquences du 4ème mandat de Bouteflika et mené une longue et dense campagne contre l’élection présidentielle de 2014. De la même manière, en février 2014, Jil Jadid Europe a été un des principaux initiateurs du rassemblement anti gaz de schiste à Paris. En 2017, nous étions bien seuls, mais fiers del’avoir engagé, à mener la campagne contre les législatives de la compromission. D’ailleurs, tout le monde aura noté le boycott populaire généralisé qui aura marqué cette forfaiture. Vous l’avez cité, en 2018 nous avons proposé à des organisations qui se revendiquaient de Mouwatana d’initier « Mouwatana Communauté algérienne à l’étranger » et avons organisé les 1ers rassemblements anti 5ème mandat à Paris République dès le mois de septembre 2018, puis à Marseille, Lyon, Londres, Lille, Montréal, Genève… L’Histoire retiendra que nous avons grandement contribué à initier ce mouvement.

Et c’est tout naturellement, qu’une fois de plus nous étions à l’initiative pour lancer le Hirak à l’étranger. En effet, bien avant le 22 février, nous avons proposé à quelques associations d’organiser à Paris République pour le dimanche 24 février un grand rassemblement de soutien au Hirak. Et Jil Jadid avait déposé et obtenu l’autorisation de la manifestation auprès de la préfecture de Paris, comme il l’a refait à plusieurs reprises par la suite. Ce fut un rassemblement inédit qui a réuni plus de 10 000 personnes. Le jour même, nous décidions de poursuivre l’action le 3 mars qui a vu se rassembler plus de 20 000 algériens, toujours à Paris République. Jil Jadid Europe décide alors de faire de même dans les autres villes de France, mais aussi à Londres, Genève, Montréal, … et de le faire chaque dimanche !

Inlassablement, chaque dimanche nous étions présents et avons  constamment contribué à rapprocher les points de vue des différentes organisations de la diaspora pour faire réussir le Hirak et rendre possible des actions communes comme les marches grandioses organisées à Paris,  dont celle mémorable du 1er novembre qui a réuni plus de 50 000 personnes. C’est ainsi que nous avons réussi à faire avec les autres partenaires, ce qui n’a pas été possible des années durant : faire travailler ensemble des Algériens avec des objectifs communs précis. Ce ne fut pas facile tous les jours mais cela en valait le coup, au regard de l’impact de cette mobilisation de la diaspora sur la mobilisation en Algérie. 

Jil Jadid Europe est un partenaire fédérateur reconnu et apprécié pour la qualité de ses membres et pour son engagement. J’en profite pour saluer l’engagement inlassable, remarquable et remarqué des membres de Jil Jadid Europe dans l’organisation du Hirak à l’étranger et particulièrement à Paris, sous la houlette active de Fatah Bendali, Mouloud Izem et Yassine Mami. 

 

  • Avez-vous des relations avec des partis politiques français ?

En tant que secrétaire exécutif en charge de la représentation à l’étranger, j’ai en charge de mieux faire connaître Jil Jadid auprès de nos partenaires politiques étrangers et dans ce cadre des contacts existent avec certains partis politiques français, mais aussi certains des élus franco algériens. Ce sont là des opportunités pourexpliciter nos positions et propositions mais aussi pour exprimer notre appréciation des positions exprimées par les politiques étrangers concernant notre pays. 

Nous avons avec nos partenaires politiques un langage de vérité. 

Nous avons une haute idée de ce que doit être la place de l’Algérie dans le concert des Nations et sommes conscients des enjeux qui sous-tendent les relations politiques, diplomatiques et économiques. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de notre pays ni de sa dignité. C’est notre fil rouge dans nos relations avec les acteurs de la vie politique en France.

 

  • Bientôt, il y aura une révision de la Constitution. En tant qu’Algériens résidents à l’étranger, qu’attendez-vous comme changement ?

En 1er lieu la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit. Les algériens résidant à l’étranger, généralement dans des démocraties, sont soucieux de voir leur pays se développer et s’épanouir en démocratie. 

Concernant la diaspora, il est primordial de reconnaitre ses membres comme des citoyens à part entière et de supprimer cette infamie consacrée par l’article 51 qui a créé des citoyens de seconde zone, ce qui nous renvoie à un passé honni. La nouvelle constitution doit donc consacrer l’égalité des citoyens. 

L’Algérie a une chance extraordinaire de disposer d’une diaspora importante en nombre et en compétences. Elle doit pouvoir compter sur elle et mettre en place les mécanismes qui lui permettent d’être partie prenante des chantiers politiques, économiques, culturels, … dans une logique d’intégration forte. 

 

  • Comment voyez-vous l’avenir du pays et celui de Jil Jadid ?

L’Algérie est un pays aux atouts incommensurables. Le 1er d’entre eux, c’est son peuple et en particulier sa jeunesse. Son dynamisme, sa capacité d’innovation et son profond désir de vivre libre sont à l’évidence des leviers importants.  Ce n’est pas pour rien que Jil Jadid fait du capital humain un des facteurs essentiels pour le développement du pays. Mais là ne s’arrêtent pas les atouts majeurs de notre pays. Il y a son positionnement géographique et la profondeur de son territoire,son impressionnante façade maritime et l’étendue marine qui va avec, ainsi que son potentiel touristique et d’énergie durable et tant d’autres … Autant d’opportunités qui ne laissent aucun doute sur l’avenir prometteur de notre pays pour peu que la compétence et l’engagement sincère président à ses destinées sur la base du libre choix du peuple. Vous noterez que je n’évoque pas nos ressources naturelles connues et à découvrir car elles ne doivent être perçues que comme moyen au service d’une ambition pour le pays. Le Hirak a démontré que les algériens sont désormais décidés à ne plus laisser les fossoyeurs d’avenir s’accaparer du pays. Ils entendent mettre fin au règne des prédateurs, des incompétents et autres esprits narcissiques. Pour toutes ces raisons je suis désormais raisonnablement confiant dans l’avenir de notre pays. Jil Jadid est porteur d’une ambition pour le pays et a de tout temps milité pour se débarrasser de ces boulets qui ont entravé son avenir et ghettoïsé les algériens. Il est le fruit d’un regard lucide sur la pratique politique issu d’une expérience politique avérée. Il a fait, dès le départ, de la formation politique interne un objectif stratégique pour faire émerger une classe politique nouvelle, audacieuse, désintéressée et pleinement engagée pour son pays. C’est bien parce qu’il a construit sur le long terme qu’il ne peut que renforcer sa présence et incarner une alternative non seulement crédible mais compétente. C’est ce à quoi il s’emploie sans relâche !

jiljadid.org