17 Octobre 1961-17 Octobre 2020 – Du sursaut populaire de l’émigration à l’avènement du Hirak

17 Octobre 1961-17 Octobre 2020 – Du sursaut populaire de l’émigration à l’avènement du Hirak

Le 17 Octobre 1961, sous la pluie automnale, des dizaines de milliers d’Algériens émigrés (hommes, femmes et enfants) ont bravé le couvre-feu imposé quelques jours auparavant par le préfet de police de sinistre nom, Maurice PAPON (Note de service 149/61 du 5 octobre 1961).

Ils défièrent ces dispositions répressives qui interdisaient toute libre circulation des Algériens en France dès 19h30, en déferlant massivement et dans la discipline, en cette nuit glaciale dans les artères parisiennes fermées jusque là aux indigènes émigrés….Ainsi les Places de l’Opéra, de la Concorde, de l’Etoile, et de la Porte de Neuilly, et d’autres encore furent le théâtre d’une extraordinaire mobilisation citoyenne pacifique qui entonna des cris stridents pour la liberté et l’indépendance de l’Algérie.

En dépit de la mobilisation massive des Forces de l’Ordre pour faire échec à la manifestation, ce jour là, les émigrés jaloux de leur algérianité, dans le silence et la dignité, ont montré une volonté réelle de se libérer .

Ils démontrèrent ainsi au colonisateur français et au monde entier leur engagement au coté de la Fédération de France du FLN pour l’indépendance de l’Algérie, en appliquant la circulaire envoyée à toute la communauté Algérienne par le comité fédéral installé en Allemagne et réuni à Cologne le 9 octobre 1961,pour contrecarrer le couvre-feu imposé, et dénoncer les exécutions sommaires et les transferts vers l’Algérie des Algériens émigrés….

Cet événement historique a surpris la majorité des français (gouvernement, médias, opinion publique) qui ne croyait pas ce qui se passait devant leurs yeux. Il n’ont jamais pensé que la « sale » guerre d’Algérie allait s’installer à Paris même !

Appréhendant avec crainte ce Sursaut Populaire de l’émigration, le gouvernement français lâcha sur la foule ses forces de répression composées de policiers, de gendarmes, de harkis qui se sont acharnés aveuglément contre les manifestants sans défense ! Une riposte massive, démesurée et sanglante ! Un véritable carnage !

Qu’on en juge ! Plusieurs morts (et des centaines de disparus), plus d’un millier de blessés, des milliers d’arrestations (certains parlent de plus de 12 000 arrestations). Même si le bilan exact de la répression est mal connu à ce jour, il n’en demeure pas moins que la répression féroce des services de Papon a fait prendre conscience à la majorité des Algériens de la justesse du combat pour l’indépendance, et aux français de la nécessité d’en finir au plus vite avec la question algérienne de peur d’une contagion possible de la guerre sur le territoire français.

Durant cette tragédie, les femmes Algériennes n’étaient pas en reste. Elles ont battu le pavé de l’ensemble des villes françaises où l’émigration était présente, devant les préfectures et les prisons où étaient détenus les prisonniers algériens. Elles ont été, comme leurs frères, arrêtées, battues, et enfermées dans les fourgons de police et les commissariats, avec pour seul tort de scander et de revendiquer l’indépendance de l’Algérie.

Il est vrai que la mobilisation qui a continué des jours durant après la répression du 17 Octobre 1961, dans d’autres villes françaises comme Lyon, Grenoble, Dijon, Lille, Rouen, Metz…. a constitué un «second front » en plein territoire français (Résolution du CCE du 25 Aout 1958) qui a soulagé un tant soit peu les combattants de l’intérieur qui subissaient une terrible répression. C’était le début de la fin de la guerre d’Algérie.

Le rappel de cette date du 17 octobre 61 est un devoir de mémoire, pour se souvenir des Algériennes et Algériens qui ont donné leur vie pour que vive la patrie. Ce n’est pas une commémoration ou un rituel de pure forme.

Aujourd’hui encore, notre communauté nationale à l’étranger aux 4 coins du monde continue à démontrer son attachement viscéral à la mère patrie Algérie.

Elle le démontre chaque jour par ses luttes quotidiennes pour pouvoir participer à la vie nationale en revendiquant par exemple la suppression de l’article 51 de la « constitution de Bouteflika »,en manifestant à travers le monde pour l’état de droit en Algérie en appuyant le « Hirak » pour l’avènement d’une « Nouvelle Algérie » libre et démocratique…

OUI, nous célébrons dans la douleur ce triste 59ème anniversaire, mais avec le grand espoir de voir le pays faire d’autres «pas sereins » vers la démocratie .

OUI, nous nous recueillons à la mémoire de tous ceux qui ont donné leur vie pour que l’Algérie vive libre et indépendante, une Algérie dont ont rêvé nos martyrs, cette Algérie où tous les Algériens, sans distinction aucune, vivraient égaux en droits et en devoirs.

En Algérie, le sursaut patriotique citoyen  pour se libérer de la dictature Bouteflikienne n’aurait pas pu avoir autant d’ampleur s’il n’y avait pas cette symbiose avec notre communauté basée à l’extérieur du pays .

Et comme lors de notre glorieuse révolution, l’apport de l’émigration Algérienne accélérera le processus en cours et le dernier mot reviendra au peuple pour imposer le changement pacifique pour l’état de droit.

Docteur Lakhdar Amokrane

Premier Secrétaire et membre du Conseil Politique de Jil Jadid